22/06/2008

Constituante : quelle place pour les représentants des communautés religieuses ?

Encore quelques jours et nous connaitrons la liste complète des candidats à la constituante.

Si la présence de politiciens, économistes, juristes, fonctionnaires, environnementalistes, syndicalistes ou autres lobbyistes y est assurée, qu'en est-il des représentants des diverses communautés religieuses qui composent notre société ?

 

Sans leurs participations comment assurer :

- la liberté de conscience (liberté de se définir au regard des actes traduisant les convictions de l'homme, y compris ses convictions religieuses),

- la liberté du culte religieux (liberté de manifester ses convictions et liberté de n'avoir pas à subir les contraintes extérieures).

 

Est-ce que les divers « Présidents de liste » n’y ont pas réfléchis ou les dirigeants des diverses communautés ne sont pas sensibles aux enjeux d’une constitution ?

 

Il reste encore quelques semaines, jusqu’au 18 août,  pour y songer.

 

07:30 Écrit par Charly Schwarz | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

Commentaires

La république étant laïque, les représentants des religions n'ont pas à y participer.

Écrit par : salegueule | 22/06/2008

D'une part il y a des croyants dans les listes des partis, d'autre part personne ne met en cause la liberté de culte, qui est avec la liberté de conscience un pilier de l'Etat laïc. Donc pas besoin d'avoir nommément des représentants des communautés religieuses. On ne demande pas au politique de dire ce qui est juste dans telle ou telle croyance et dans sa pratique. Les communautés religieuses établies n'ont pas à dire comment la république doit être gérée du moment que leur existence et leurs pratiques ne sont pas menacées.

Écrit par : hommelibre | 25/06/2008

Cher Monsieur,

Ce qui ma paraît un peu fâcheux dans vos propos, c'est que vous présupposez que seuls des représentants de "communautés" religieuses pourraient être à même de défendre la liberté de conscience; d'autre part, qu'ils seraient les seuls à pouvoir défendre la liberté de culte.

J'imagine déjà M. Hani Ramadan en auguste défenseur de nos liberté publiques...

Je vous signale que, conformément à la laïcité, justement, rien n'interdit aux croyants de faire de la politique comme citoyens. Il y aura des Constituants croyants à n'en point douter, et tant mieux. Ensuite, il se peut aussi, figurez-vous, qu'un athée ou un agnostique tienne à la liberté des gens qui ne sont pas comme lui. De même qu'un économiste peut penser à autre chose qu'à l'économie, un juriste à autre chose qu'au droit, un fonctionnaire à autre chose qu'à son service public. Ou un curé à autre chose qu'à son Eglise.

Votre assignation à résidence intellectuelle et morale est à mon avis exactement le contraire de ce qu'on devrait exiger d'un constituant.

Écrit par : yves scheller | 27/06/2008

Si l’ « on ne saurait à la fois défendre un espace public commun et accorder des passe-droits à tel ou tel groupe de citoyens »
Pourquoi ne pas garantir aux citoyens « l'égalité de traitement » en offrant aux divers représentant des communautés religieuses une place sur l’une au l’autre liste ?

Écrit par : Charly Schwarz | 27/06/2008

Et la laïcité alors ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 28/06/2008

Mon cher Charly,
Comme il ne reste efectivement que quelques jours pour encourager les dernières vocations pour la constituante, je m'empresse d'affirmer à quel point je ne trouve pas indispensable de pousser au renforcement du communautarisme religieux. Les tensions de plus en plus fréquentes issues de ce renforcement dans notre société devraient nous suffire.

La liberté de conscience et de croyance est inscrite dans la constitution fédérale et nul ne pourrait la remettre en cause au niveau cantonal, si seulement il y songeait, ce qui me paraît hautement improbable. D'un autre côté, la séparation de l'Eglise et de l'Etat est aussi un principe sur lequel j'aimerais qu'on ne soit pas tenté de revenir.

J'aime la République une et indivisible et n'y connais que des citoyens égaux devant la loi. La représentation d'une croyance religieuse plutôt que d'une autre n'a rien à faire dans une constituante et doit rester du domaine de la vie privée.

Bien à toi

Magali

Écrit par : Magali Orsini | 28/06/2008

Quelle meilleure caution qu’une constitution rédigée avec l’appui des représentants de diverses communautés.

Ne serait-ce pas une garantie d’y voir inscrit des valeurs laïques acceptées de tous ?

Écrit par : Charly Schwarz | 28/06/2008

Cher Monsieur Schwartz,

Là, je crois que, consciemment ou non, vous vous faites de pieuses illusions.

Les chrétiens, pour ne pas parler de tous les autres (athées compris), se sont rendus coupables de massacres épouvantables pour la simple raison qu'il y avait divergence sur des paragraphes. Chez nous, à Genève, Calvin a tout fait pour que Michel Servet, déjà poursuivi par les catholiques en France, soit finalement transformé en charbon de bois simplement parce qu'il ne reconnaissait pas la trinité et se déclarait anabaptiste. Zwingli noyait les anabaptistes dans la Sihl ou dans le lac à Zürich. Ne parlons pas de la Saint-Barthélémy, de la Reconquista espagnole ou de l'Inquisition, chefs d'oeuvres catholiques, et on pourrait en dire autant à peu près de toutes les religions, et pas moins des communistes (120 millions de morts tout de même), avant-dernière Eglise séculière d'une longue série, avec ses chapelles, ses grand'messes, ses martyrs et ses saints - la dernière étant le néo-libéralisme, avec les mêmes attributs.

Ces divergences théologiques, en dépit d'innombrables appels oecuméniques ou d'émouvantes cérémonies pour la paix qui ne trompent plus personne, n'ont jamais changé. Chacun garde jalousement ses dogmes, et s'y cantonne. Dans ces conditions, il faut être légèrement à l'ouest pour penser qu'une société qui a besoin d'unité politique puisse se fonder sur des divergences irréductibles et, qui plus est, totalement invérifiables aux yeux de la raison. Et au nom desquelles on se massacre encore un peu partout avec un certain enthousiasme.

Car il ne faut pas s'y tromper, confier à des représentants des religions un pouvoir qui excèderait leur seules paroisses serait officialiser une régression évidente dans les domaines de la vie sexuelle (discrimination des divorcés, des homos etc.), de l'égalité hommes-femmes (voir l'islamisme), des cellules-souches, du suicide assisté, tout cela au nom de principes nullement politiques ou juridiques, mais moraux, et conflictuels. Bref : une restauration du droit coutumier, puis de la guerre civile.

C'est un peu comme si vous disiez qu'il faudrait confier l'élaboration de la circulation aux représentants des camionneurs, des cyclistes, des piétons et des affidés de la trottinette, plutôt qu'à un arbitre supérieur capable d'évaluer extérieurement aux morales les nécessités pratiques de l'ordre public. Imaginez qu'une seule secte refuse de s'arrêter au stop - ce qui ne manquera pas d'arriver : les nestoriens pourchassant les zoroastriens pour leur couper les oreilles ou tout autre appendice, les adorateurs de l'oignon (je n'invente rien : ça existe !) organisant des embuscades contre les dévôts de Krishna déjà assiégés par les raëliens eux-mêmes menacés d'autodafés par les Libres penseurs : la cacophonie serait assez remarquable et la ville deviendrait une jungle. C'est bien ce que nos société ont été pendant longtemps, ce que d'autres sont encore, - la jungle pouvant au demeurant avoir d'autres origines que les seules croyances religieuses,- je le dis pour prévenir un argument bien connu, mais non pertinent.

Une fois pour toute, si elle est quelque chose, la laïcité ne saurait être la réunion joviale de toutes les croyances (ou incroyances, curieusement, les incroyant, vous les oubliez toujours, ils ont pourtant des représentants aussi...), ni un courant parmi d'autres : elle constitue ce qui permet aux différences de coexister sur un pied d'égalité. Elle ne peut donc exister que sur un plan juridique et politique. Elle suppose bien sûr certaines règles réciproques : les Eglises s'abstiennent de faire de la politique (leurs représentants conservant par ailleurs toute leur liberté d'expression), et l'Etat reste neutre, s'interdisant toute implication religieuse, et garantissant à tous les mêmes droits et devoirs.

Les Eglises (je ne dis pas les religions, mais bien les Eglises, qui sont aussi des instruments de pouvoir, vos revendications le montrent une fois de plus) ont certes fait du bien, et il serait injuste, et surtout faux, de l'ignorer. Mais elles ont fait beaucoup de mal, en raison même de leur étroitesse dogmatique. Il suffit de se renseigner auprès de quelques grands-mères pour s'en rappeler. Par ailleurs, chacun peut constater que l'exploitation politique de la religion aboutit à des conflits d'autant plus navrants qu'en s'établissant sur les dogmes indiscutables, ils ravivent des fanatismes particulièrement pervers.

Non, décidément, la paix confessionnelle est trop fragile pour être confiée à des prêtres. Mieux vaut un bon code pénal.

Laïque, il va sans dire.

Écrit par : yves scheller | 28/06/2008

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