07/12/2009

Eviter le déni de l’origine (4 et fin)

J’observe chez certains immigrés une réaction caractérisée par une volonté radicale d’assimilation au pays d’accueil.

Elle facilite l’insertion des parents comme des enfants, pour des raisons assez évidentes. Elle favorise en particulier l’appropriation de la langue du pays d’accueil, si déterminante pour l’insertion personnelle et professionnelle.

Sur le plan identitaire, cette réaction conduit à coller à l’identité des gens du pays d’accueil, tout du moins à ce qui en est perçu (vêtements, façons de vivre, prénoms des enfants), et à ce qui est perçu comme « bien ».


Les aléas des repérages des immigrés dans les codes sociaux du pays d’accueil créent parfois des comportements « conformistes » étrangement « décalés », au carrefour du ridicule et du tragique.

Sur le fond, cette réaction constitue une forme de déni, le déni de l’origine.

Par rapport aux difficultés des immigrés et de leurs enfants, les modes idéologiques récentes de l’inter-culturalisme, et plus encore du multiculturalisme, prônent avant tout le maintien ou le renforcement du lien à la culture du pays d’origine.

Si ce maintien du lien va jusqu’à figer l’identité, cela ne peut que creuser l’inadaptation, favoriser le déni de la rupture migratoire, entretenir les passions ravageuses de la nostalgie.

Ces idées me semblent démagogiques et foncièrement mensongères.

Le multiculturalisme, de plus, menace constamment de dériver vers des logiques de ghettos, d’apartheid, d’autant plus que cette idéologie d’importation anglo-saxonne est particulièrement inadaptée aux profondes traditions assimilatrices de la Suisse.

Ceci dit, il est bien entendu justifié de souhaiter éviter le déni de l’origine. Cela peut de fait passer par le maintien de l’adhésion à certains éléments de la culture du pays d’origine.

Cela nécessite toutefois le respect de certaines conditions, en particulier des conditions de compatibilité avec la culture du pays d’accueil.

Cette compatibilité indispensable est double :

Compatibilité externe : certains traits de la culture du pays d’origine sont inacceptables par le pays d’accueil, comme la polygamie et les mutilations sexuelles.

Compatibilité interne : le maintien indispensable de la cohésion intérieure de la personne, malgré la diversité de ses références culturelles, interdit la juxtaposition de n’importe quels traits culturels à n’importe quels autres.

Cette réponse à la question de la double appartenance culturelle n’est guère convaincante en elle-même, et elle est probablement peu viable à terme, surtout en termes transgénérationnels.

La solution la plus convaincante, la plus viable à long terme, en particulier transgénérationnel, me semble être le passage d’une logique d’appartenance collective à une logique de trajectoire privée.

Il s’agit de substituer l’histoire personnelle au lien culturel comme base de l’élaboration de l’identité sociale.

Dans cette nouvelle logique, l’inscription sociale du sujet n’est plus assurée par une appartenance sociale imposée, mais par une histoire transgénérationnelle assumée.

14:38 Écrit par Charly Schwarz | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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